Publié : 23 juillet 2007
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Danser pour survivre !

Danser pour survivre !

En 1815, j’étais esclave et j’ai assisté à une scène très violente qui, jusqu’à aujourd’hui, me hante toujours ...

J’étais un esclave sur un grand bateau sombre qui voguait de l’Afrique vers un continent maudit, inconnu de moi et de mes compagnons : l’Amérique. J’étais mal nourri, maltraité, parfois roué de coups. Nous n’avions quasiment rien pour nous vêtir, un simple pantalon court troué.

Chaque jour, j’étais forcé de danser sur le pont du navire, avec d’autres esclaves, pour entretenir mes capacités physiques !

Si mes camarades et moi étions trop fatigués pour danser, nous étions fouettés. Un soir, l’un de mes compagnons, trop épuisé, tomba de fatigue. Un marchand négrier l’empoigna avec violence, et, avant que nous ayons pu réagir, le jeta à la mer ! Je fus choqué et j’avais peur qu’il m’arrive le même chose. Un autre esclave s’arrêta aussi de danser. Lui aussi était fourbu, et il n’eut pas le temps de respirer, qu’on le fouettait déjà jusqu’à la mort. Ensuite, ils le jetèrent à la mer.

Je fus indigné par cette scène de violence. J’avais peur qu’il m’arrive la même chose. J’étais effrayé, figé, je ne savais où me mettre. Je crus qu’ils n’allaient jamais s’arrêter. Ces actes barbares durèrent pendant plusieurs heures.
C’était la fin de la journée, le bateau poursuivait son voyage vers le pays des injustices.

Maintenant que je suis affranchi, cette scène inhumaine me poursuit toujours, avec d’autres encore dont j’ai été victime ou témoin.
Je ne dormirai pas sereinement tant que mes frères et amis subiront un tel sort.

Le 21 novembre 1820, île de la Réunion

Auteurs de l’article : L.Galasso, B. Seck