Publié : 23 juillet 2007
Format PDF Enregistrer au format PDF

Discours du 21 avril 1890

Discours du 21 avril 1890

Messeigneurs !

Je suis ici pour vous convaincre d’abolir l’esclavage, cette abomination qui frappe tant d’humains si injustement.

Les noirs, contrairement à ce que vous pensez, sont des êtres humains comme vous et moi, capables de respirer, de se nourrir, de grandir, de mourir, mais aussi de penser . La seule différence entre eux et nous est notre couleur de peau.
Ce n’est parce qu’ils sont noirs qu’ils n’ont pas le droit à la liberté.
Devant vos airs de protestation, permettez-moi d’ajouter, comme Sénèque l’avait dit, il faut être stupide pour juger le cheval qu’on achète en examinant non l’animal, mais sa selle et son mors. Cela est toujours vrai aujourd’hui.

Je fais partie de ceux qui pensent que l’homme a une âme, et un esclave, quel qu’il soit, a l’âme d’un homme libre.
Mais vous allez me dire que ce sont des esclaves, nés pour l’être. Je vous répondrai que non, ce sont des êtres humains qui ont les mêmes droits que nous tous ! Pour moi qui les connais bien, ce sont des compagnons généreux, et, malgré leur état misérable, de vrais amis.
Certains diront que le sort s’acharne de la même façon sur les hommes libres et les esclaves. Et en effet, montrez moi qui n’est pas esclave...
Un homme est esclave de ses plaisirs, un autre de sa cupidité, un autre de l’ambition, tous sommes esclaves de l’espérance et de la crainte du péril et de la mort. Mais par rapport à eux, nous avons tous bien de la chance de choisir de quoi nous sommes esclaves.
L’esclave, lui, est obligé de vous obéir. Il est privé de l’essence même de ce qui fait de l’homme plus qu’un animal : le choix.
Ainsi, messeigneurs, ne vous croyez pas supérieur à Dieu. Il a fait les hommes libres et vous n’avez pas le droit de leur retirer ce que Dieu leur a donné, c’est à dire la seule chose qu’on possède vraiment, la liberté.

Alors, maintenant arrêtez de vous cacher derrière des excuses dérisoires et de ne penser qu’à vous-mêmes ! Libérez ces hommes ! Rendez-leur ce que vous leur avez volé : la liberté et l’honneur !

Discours écrit par A.Morin et P.Delattre